Quand les multiplexes déclarent la guerre aux petites salles de cinéma
Face aux tensions croissantes entre grands circuits et salles indépendantes, une pétition appelle à protéger les cinémas de proximité et la diversité culturelle.
Alors que le cinéma français traverse déjà une crise profonde provoquée par l’explosion des plateformes de streaming, la modification des habitudes culturelles et l’effondrement progressif de la fréquentation depuis le Covid, certains grands circuits semblent avoir trouvé un adversaire plus facile à désigner : les cinémas de proximité, ces petites salles indépendantes, municipales ou associatives qui continuent pourtant, souvent avec des moyens dérisoires, à maintenir une présence culturelle vivante dans les villes moyennes et les territoires ruraux.
Le Syndicat des Cinémas de Proximité dénonce aujourd’hui des pressions exercées sur les distributeurs afin de retarder l’accès des petites salles aux films les plus attendus, une situation suffisamment préoccupante pour pousser le CNC à saisir officiellement la Médiatrice du cinéma, fait suffisamment rare pour souligner la gravité du malaise qui traverse désormais toute la filière.
Et pourtant, les études rappelées par le syndicat montrent clairement que les petites salles ne sont nullement responsables de la chute de fréquentation des multiplexes, laquelle trouve ses véritables causes dans la montée en puissance des géants du streaming, dans la fragmentation des usages culturels et dans la disparition progressive des grands films fédérateurs capables autrefois de remplir durablement les salles obscures.
Car contrairement aux grandes structures standardisées où le cinéma devient parfois un simple produit de consommation parmi d’autres, les salles de proximité continuent souvent d’offrir ce supplément d’âme évoqué par François Aymé dans Le Monde, cette expérience collective, humaine et culturelle qui transforme encore une projection en moment partagé plutôt qu’en simple contenu consommé.
Et lorsqu’une petite salle disparaît, ce n’est jamais seulement un écran qui s’éteint, mais un lieu de rencontres, de débats, d’éducation à l’image et parfois le dernier espace culturel accessible sans parcourir des dizaines de kilomètres, dans une époque où les centres-villes se vident déjà de leurs commerces, de leurs services publics et peu à peu aussi de leur vie culturelle.
À force de vouloir concentrer toujours davantage les films et les publics dans quelques grandes structures dominantes, certains acteurs du secteur semblent oublier que le cinéma français s’est historiquement construit sur la diversité des œuvres, des territoires et des salles, et qu’en fragilisant les cinémas de proximité, c’est finalement une certaine idée du cinéma comme bien culturel commun que l’on menace silencieusement.
Pour signer la pétition “Pour la défense de la liberté de programmation des cinémas de proximité”, cliquer ici


